04-08-11
UNE AUTRE MANIERE DE REGARDER LE REEL
Jan Kempenaers photographie des blocs de béton Abandonnés (comme ici) ou au cœur d’une architecture contemporaine, tous deviennent, face à l’objectif du photographe des sortes de sculptures planes ciselées par celui-ci
A Bozar, quatorze photographes belges sont rassemblés dans l'exposition « Beyond the document », qui met à l'honneur des pratiques entre documentaire et création artistique.
Un homme avance sur un sentier, à moitié courbé. Image d'un fugitif saisi en pleine progression. Image issue de la série The Night Hike Project d'Arno Roncada qui photographie, en réalité, la simulation d'une traversée illégale de la frontière mexicaine. Sous chaque image il ajoute quelques mots donnant à l'ensemble une apparence de reportage pris sur le vif. Ou d'un film à suspense.
Où est le réel, où commence la fiction ? En quoi celle-ci serait-elle moins « vraie » que la réalité ? Et en quoi cette dernière serait-elle moins poétique, moins étrange, moins abstraite que l'image soigneusement construite ?
Durant tout l'été, le Palais des Beaux-Arts propose de s'interroger sur ces différentes questions avec Beyond the document, photographes belges contemporains.
Comme en prolongement de la grande expo Jeff Wall, le parcours conçu par Xavier Canonne du Musée de la photographie à Charleroi, Pool Andries du Fotomuseum d'Anvers et Frank Vanhaecke de Bozar expo, invite à découvrir 14 photographes mêlant constamment œuvre d'art et document.
Certes, il y a longtemps que les photographes croisent les genres. Ce n'est pas un hasard si certaines images de Walker Evans, Dorothea Lange, Edward Steichen ou Cartier-Bresson, pour n'en prendre que quelques-uns se sont retrouvés à la « une » des journaux et aux cimaises des musées.
Mais depuis quelques années, on voit se développer une pratique différente, offrant, souvent à travers des séries, une autre manière d'appréhender le réel.
L'abstraction dans le réel
Ainsi, dès la première salle, on plonge dans l'univers de Felten-Massinger et de Gilbert Fastenakens. D'un côté, de grandes images saisissant le passage du temps. De l'autre des paysages urbains. Chez Felten-Massinger, c'est la prise de vue même qui entraîne un effet d'étrangeté. Chez Fastenaekens, c'est le dispositif d'exposition (huit grands cahiers ouverts sur une seule page) qui modifie notre regard sur le réel.
Karin Borghouts nous invite de son côté dans des salles d'exposition. Mais elle nous les montre encore vides, en cours de montage, ou vues de l'arrière des cimaises. Lhara Dhondt photographie des rebuts et déchets qu'elle organise elle-même en interventions architecturales dans l'espace urbain.
Thomas Chable ramène de ses voyages des photographies en noir et blanc qu'on ne sait jamais vraiment situer et qui raconte de petites histoires intimes au lieu du reportage percutant généralement attendu. Vincen Beeckman construit toute une installation autour des restaurants chinois à partir de l'un d'entre eux. Photographies (plats, personnels, événements joyeux ou dramatiques) et interviews forment un ensemble étonnant. Quant à Nick Hannes, il ramène de Russie des images captées au hasard de ses pérégrinations, loin de l'actualité.
On retrouve également le travail de Herman van den Boom sur les lotissements en banlieue rurale, de Bert Danckaert qui trouve dans les villes de véritables tableaux abstraits, de Philippe Herbet qui invente de petites fictions autour de ses portraits de jeunes filles russes ou de Chantal Maes qui photographie le presque rien et nous amène à l'observer en détail. Un parcours un peu à l'étroit dans les salles du sous-sol mais passionnant de bout en bout.
Website : BOZAR
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Bron/Source : Lesoir.be
