26-08-11
RETROSPECTIVE JANE EVELYN ATWOOD A LA MAISON EUROPEENNE DE LA PHOTOGRAPHIE A PARIS
La Rue des Lombards, Paris, 1976-1977 (c) Jane Evelyn Atwood
Depuis 35 ans Jane Evelyn Atwood travaille avec exigence sur des sujets difficiles. La MEP lui offre une rétrospective
La photographe américaine installée en France s'est intéressée aux prostituées de la rue des Lombards, aux enfants aveugles, aux femmes en prison, aux premières victimes du sida, aux Haïtiens.
Des sujets dans lesquels elle s'est "engagée corps et âme", selon les mots de l'écrivain Eduardo Manet (exposition présentée du 29 juin au 25 septembre).
Jane Evelyn Atwood est née à New York mais vit à Paris depuis 1971 et a commencé la photo en 1975, choisissant de faire voir la vie des laissé pour compte, de gens en marge, de gens esquintés par la vie. Sa méthode de travail est "obsessionnelle", dit-elle: elle ne passe à un nouveau sujet que si elle a le sentiment d'avoir complètement compris celui qui l'occupe. Elle peut y consacrer tout son temps pendant des années, cherchant l'empathie avec les gens qu'elle côtoie.
Elle n'a pas choisi la facilité pour son premier sujet photographique. Fascinée par les prostituées de la rue des Lombards à Paris, elle a passé un an avec elles, les suivant toutes les nuits avec leurs clients dans l'escalier miteux ou dans les chambres, sachant se faire discrète. Une vrai amitié est née avec une des filles, Blondine. Si l'univers est noir, il n'y a aucun voyeurisme dans les images de Jane Evelyn Atwood.
Elle s'est ensuite intéressée aux aveugles, qu'elle a rencontrés dans des institutions, en France mais aussi à Tokyo, à Bethléem ou à Jérusalem. "Le fait de photographier des gens qui ne peuvent pas voir m'oblige à voir autrement", disait-elle, remarquant qu'"une personne aveugle n'a pas la même conscience que nous de son apparence ni de celle qu'elle veut avoir ou craint d'avoir".
En effet, leurs visages sont parfois livrés à l'objectif sans retenue, provoquant un certain malaise tempéré par le regard respectueux que Jane Evelyn Atwood pose sur ces enfants.
Elle a travaillé sur les ravages des mines antipersonnel, de l'Angola au Kosovo ou à l'Afghanistan, où elle a rencontré des dizaines de personnes mutilées, dressant de poignants tableaux où s'alignent des unijambistes avec prothèses et béquilles.
Jane Evelyn Atwood a passé des semaines en 1987 avec Jean-Louis, un malade du sida qui allait mourir.
Son travail le plus magistral est celui qu'elle a réalisé dans les prisons de femmes. Commencé en 1989, il a duré dix ans, menant la photographe dans 40 établissements pénitentiaires de neuf pays d'Europe et des Etats-Unis.
Au début, elle était mue par la curiosité, puis c'est "la surprise, le choc et la stupeur" qui l'ont fait continuer. Elle a voulu témoigner du manque affectif de femmes qui ont souvent subi des années d'abus physiques et sexuels et qui, "brisées" dehors, ne sont que des "citoyennes de seconde zone" en prison, où on cherche plus à les humilier qu'à les réinsérer..
Dans sa présentation, Jane Evelyn Atwood tient a évoquer les centaines de femmes qui ont refusé de se laisser photographier, par honte ou peur des représailles.
Jane Evelyn Atwood laisse voir les cicatrices, les étreintes furtives dans les parloirs, des enfants élevés en détention, les douches et les promenades. La violence flagrante de l'enchaînement de prisonnières dans l'Arizona, la détresse d'une fille après la visite de sa soeur.
L'environnement est oppressant et les portraits émouvants voire terribles. Le summum est atteint dans une maternité pénitentiaire en Alaska, où les femmes accouchent menottées et où on leur retire leur enfant quelques jours plus tard.
Les photos que Jane Evelyn Atwood a faites en Haïti (2005-2008) en paraîtraient presque légères. Elle a voulu fuir la violence de Port-au-Prince et témoigner de la vie quotidienne dans le reste du pays. Si dans ses images aux couleurs chaudes on ne peut ignorer la pauvreté, la photographe a voulu avec elles redonner de la dignité aux Haïtiens malmenés par l'histoire.
Website : Maison européenne de la photographie
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Bron/Source : France 2.fr
