30-08-11

LES NOCES DE L'ART ET DE LA NATURE EN BORD DE LOIRE






Dans le vaste parc comme dans les moindres recoins du château, les artistes transfigurent le domaine de Chaumont-sur-Loire.


Quittant la surveillance de leurs parents, les deux gosses foncent vers la longue passerelle de bois tournée vers la Loire. « Waow ! C'est haut ! » murmure le plus petit. Un peu inquiet, le père arrive en trottinant, se penche pour gronder les deux imprudents puis se redresse et découvre la panorama. Bouche bée.

En lisière du parc du Domaine de Chaumont, Tadashi Kawamata a créé ce « Promontoire sur la Loire », simple passerelle de bois tournée vers le fleuve et la nature environnante. A première vue, rien de bien original. Pourtant, on ressent un léger vertige en s'y engageant et en se tenant debout face au vide à son extrémité. Surtout, cette simple modification du point de vue transforme notre regard sur ce qui nous entoure. Il en va de même quelques dizaines de mètres plus loin avec sa « Promenade sous les arbres ». Un ensemble de plate-formes posées au pied de cèdres centenaires. « Je veux que ce soit utile, explique le plasticien japonais qui construit ses structures en bois aux quatre coins du monde en lien avec les sites qu'il investit. Les plate-formes ne sont pas toutes au même niveau et elles comportent des découpes pour les troncs des grands cèdres qu'elles encerclent. Pour moi, c'est un lieu qui invite au calme mais aussi à la discussion, à la rencontre, à la réflexion. J'aime l'idée que les gens s'y installent pour écouter le chant des oiseaux. »

Non loin de cette belle installation, Dominique Bailly a créé la « Promenade de Diane », inspirée par la personnalité de Diane de Poitiers. Un chemin de bois serpente dans l'herbe verte pour mener à une sorte d'anneau géant rappelant le croissant de lune mais aussi l'arc de Diane chasseresse. A travers celui-ci, une nouvelle vision du paysage s'offre à nous, comme chez Kawamata. Un peu plus loin, Dominique Bailly a posé une sculpture oblongue en fins branchages sous l'ancien château d'eau. On la retrouve également sous l'Auvent des Ecuries avec de grosses sphères de séquoia, de chêne et de cèdre.

Les lumières de Sarkis
A quelques dizaines de mètres, le château accueille les visiteurs. Et ici aussi, les artistes prennent le pouvoir. Car depuis quelques années, le Domaine de Chaumont, connu pour son festival des jardins, a ajouté une corde à son arc : des œuvres d'art contemporain installées dans le Parc et le château, dialoguant avec ceux-ci et attirant un nouveau public dans ce lieu patrimonial.

Cette année, Sarkis est l'invité principal. Artiste travaillant essentiellement avec la lumière, il a créé pour l'occasion 72 vitraux disséminés dans de multiples recoins du château. Chacun est réalisé à partir d'une photo existante ou prise par l'artiste. « Je suis reparti du procédé ancien de la photo sur verre, explique-t-il. Puis je suis remonté à la technique du vitrail des XVe et XVIe siècles. Ici, il s'agit d'impressions analogiques sur un support translucide. Celui-ci est ensuite découpé à la main selon la taille des deux couches de verre qui l'enferment. Puis l'ensemble est relié avec du plomb. »

Le résultat est magique. Suspendus devant les multiples fenêtres du château, les vitraux de Sarkis changent constamment en fonction de la lumière naturelle, du passage des nuages. Pour les soirées, il a même prévu un système de leds diffusant une douce lumière. Au fil de la visite, on croise des images connues extraites de films ou de reportages d'actualité. D'autres que Sarkis a réalisées à Chaumont ou à travers le monde. Le tout se mêlant pour créer une atmosphère étonnante. « Je n'ai pas voulu mettre de cartel indiquant la provenance des images. Ce n'est pas une visite touristique. Quand j'ai découvert le lieu, j'ai tout de suite eu envie d'utiliser les petites salles abandonnées des étages. C'est comme un débarras avec un bric-à-brac d'outils, d'objets oubliés, d'armures couvertes de poussière. J'ai déplacé quelques éléments mais j'ai gardé l'ambiance générale, la poussière, les toiles d'araignée. J'y ai simplement ajouté mes vitraux. Sur certains, on voit des lieux à l'architecture très moderne. Cela donne un contraste étonnant avec cet espace. Et puis il y a la lumière bien sûr. Ici, la lumière de l'oeuvre additionnée à la lumière du jour crée une troisième lumière. »

Si Sarkis utilise la photographie à sa façon, celle-ci est aussi présente à travers plusieurs autres salles. On découvre notamment les étranges plantes carnivores d'Helene Schmitz qui photographie également une serre à papillons abandonnée et envahie par la nature.

Shin-Ichi Kubota livre la vision magique de nuages photographiés depuis le sommet d'une montagne. Manfred Menz photographie des lieux célèbres dont il efface toute architecture. Quant à notre compatriote Gilbert Fastenaekens, on retrouve ici sa formidable série « Noces » en parfaite adéquation avec l'atmosphère des lieux. Un régal.

Domaine de Chaumont-sur-Loire, ouvert toute l'année (Festival des jardins jusqu'au 16.10.2011)

Website : Domaine de Chaumont sur Loire
 
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Bron/Source : Lesoir.be