01-07-11
TOTAL RESPECT POUR LE GRAFFITI
A Bruxelles comme à New York, le graffiti passe du statut anecdotique à celui d'avantgarde artistique. Du mur à la toile, un destin complexe.
Une Yamaha dans un musée. Incongru ? Taguée par Keith Haring, la cylindrée participe à l'exposition Explosion. L'art du graffiti à Bruxelles. Un vent de délinquance, un débordement anarchique font joyeusement loi dans ce lieu dévolu à l'art belge des XIXe et XXe siècles.
Le graffiti, c'est le jeu du chat et de la souris. Lettrages explosifs, couleurs pétantes, parler franc et clair accompagnent un acte de transgression. Extrêmement codé, il envahit les voies de chemin de fer, les murs aveugles.
Les immenses fresques de Defo Dalbino, le premier mural hip-hop sur le Mirano Continental de Koor, l'art cellulaire infini de Jean-Luc Moerman, les squelettes d'Hell'O Monsters, le style typiquement bruxellois de Rage, les sessions de nuit de Bonom, un sacré parcours d'œuvres interdites éclate l'espace muséal.
L'exposition proposée par l'historien d'art Adrien Grimmeau pose énormément de questions. De la rue aux galeries, que reste-t-il du graffiti ? Est-ce de l'art ?
Comment faire le tri dans toutes les règles tacites de cette contre-culture ? L'exposition analyse l'essor du graffiti à Bruxelles, jusqu'au relais assuré par les galeristes, de Keiteleman dans les années 1980 à Alice Gallery.
CoBrA a fait souffler un courant d'art frais. L'Expo 58 va donner le signal mais le désamour suivra, avec les grands travaux urbains, la démolition des Marolles, l'essor du Quartier Nord. Dans le sillage de Mai 68, les artistes de Mass Moving vont occuper l'espace. A la même époque, le phénomène du graffiti explose à New York : Jean-Michel Basquiat et Keith Haring font la course artistique en tête.
Missions nocturnes
A Bruxelles, dès 1986, les pionniers n'ont pas 18 ans. Ils bombent avec leurs tripes. Les conflits entre les « crews » (groupes) dynamisent l'explosion de lettrages et le style né des comics. L'acte de mise en présence de l'art dans la ville, ce sont des sessions de nuit sur un rythme de hip-hop, des montées en rappel sous les nuages en forme de baleine.
Les dinosaures de Bonom, le style généreux et expansif à l'aérosol de Defo Dalbino, Arne Quinze, les prises de Plug, les stickers de Denis Meyers, toute l'évolution du graffiti nous pose la question de la transgression. Les logogrammes de Christian Dotremont ne sont jamais loin de la pratique de Parole où six lettres se répètent à l'infini…
Aujourd'hui, les néo-graffeurs recourent aux stickers, affiches, pochoirs. Créés avant l'expédition, ils sont posés à la sauvette. Le plaisir transgressif n'est plus dans le geste mais dans le contenu de l'image.
Passé de l'éphémère à l'indélébile muséal, le street art se découvre malgré tout le nez en l'air, à l'affût d'une ville qui se tord sous l'aérosol et le trait acéré.
Website : Musée d'Ixelles
FIC123.BE een website met info en cultuur.
Bron/Source : Lesoir.be
