19-05-11

MORELLET, LE LUMINEUX MINIMALISTE


Beaubourg reformule les installations de l'artiste français qui furent conçues pour d'autres temps et d'autres lieux. Un pur bonheur !

Après Soulages, le Centre Pompidou remet le couvert avec le pétulant François Morellet et ses « réinstallations » au dernier étage. Beaubourg ne consacre pas de cycle aux « anciens » de l'art contemporain mais sait les accueillir au dernier étage, quand l'oeuvre le justifie !

Le bonhomme Morellet a 85 printemps bien sonnés, un discours malicieux, un enthousiasme vierge ! Son itinéraire, au chapitre du poétique, n'a pas flanché en dépit de 455 expos dans l'Hexagone et ailleurs ! Artiste rigoureux et inventif, conceptuel à la base, il a su séduire son public. Il s'agit cette fois de « réinstallations », de reprises d'installations éphémères conçues de 1963 à aujourd'hui dans des lieux précis comme le couvent de la Tourette de Le Corbusier (monts du Beaujolais), l'abbaye de Tournus ou les Alpes bavaroises auxquelles il dédia cette Avalanche de néons, de rais de lumière suspendus, parfaitement saisissants, transposant sans la mimer la dynamique du phénomène naturel. Ephémères mais reproductibles, ces installations furent réalisées dans les circonstances les plus variables, à l'intérieur ou à l'extérieur, toujours à peu de frais. Jouer avec la dynamique pure et simple des carrés, des cercles, des demi-cercles, des ellipses et autres figures géométriques sur la seule base de tubes de néon, abstraire cette dynamique d'un contenu concret et la démultiplier en procédures infinies, fut l'unique loi de Morellet. Cette belle économie de moyens et de vocabulaire à l'épreuve de lieux parfois fameux est confrontée, ici, à l'espace du centre culturel. On pouvait craindre que la magie soit moindre. Le minimalisme, au contraire irradie grâce à ce resserrement.

Sans brosses ni pinceaux, Morellet façonne l'espace depuis longtemps, définissant une sorte de spectacle sobre et pur au carrefour de différents langages, peinture, sculpture, architecture. Il agence des tubes simples de néon qui ont tout à la fois la précision du diamant et le rayonnement flou du soleil sans compter leur valeur graphique sans pareil pour sculpter l'espace. Les mêle parfois à de solides poutres de bois brut.

Peintre au départ, Morellet a longtemps cogité sur les lois élémentaires de la géométrie, des grilles, des systèmes, des séries et sur l'avantage de substituer au romantisme du contenu ou du message, l'intangible de la mathématique. Les arts premiers, la géométrie mauresque de l'Alhambra de Grenade, Mondrian, Max Bill et bien évidemment Dan Flavin sans oublier un certain land art sont ses sources, les territoires où il prend librement son envol. A la sécheresse conceptuelle, il oppose l'humour, une magie funambule qui se joue de la croissance exponentielle des schémas mathématiques. Le résultat tient du ballet visuel et de la gymnopédie plastique. Les titres sont à l'avenant comme en témoigne cette Répartition aléatoire de 40.000 carrés suivant les chiffres pairs et impairs d'un annuaire de téléphone, une des plus belles des vingt-sept installations de l'exposition.

Website : Centre Pompidou

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Bron/Source : Lesoir.be