Éclats de lumière sous la charpente du Malmundarium. Un jaune solaire. Des flammes coquelicot. Un bleu d'azur... L'exposition Marc Chagall, le Maître du Rêve rassemble une cinquantaine d'estampes originales éditées par Aimé Maeght et le maître imprimeur parisien Fernand Mourlot. "Il s'agit d'une collection privée française jamais montrée au public jusqu'ici. Le parcours présente des lithographies originales, des photographies et des lettres de l'artiste. Il développe les différentes thématiques de Chagall, le coq, l'envol, la tour Eiffel, l'amour, la crucifixion, etc.", précise le commissaire de l'exposition inaugurale du Malmundarium, Jean-Christophe Hubert.
Les panneaux développent tant les particularismes que l'indépendance de Chagall, ce baladin du monde oriental né le 7 juillet 1887 à Liozno dans la banlieue de Vitebsk, en Biélorussie, qui appartenait alors à la Russie tsariste. En 1910, il part étudier à Paris auprès de Léon Bakst grâce à une bourse, et expose ses travaux pour la première fois en 1914. Il est témoin de mouvements picturaux tels que le fauvisme finissant et le cubisme naissant. Tout en adoptant Paris comme sa deuxième ville natale, il n'oublie pas ses origines russes : même lorsqu'il peint les ponts de la Seine ou la tour Eiffel, on peut reconnaître des éléments de décor inspirés de ses souvenirs d'enfance qui ne le quitteront jamais.
"On le rapproche du surréalisme puisque son travail laisse une large part à l'imagination et aux rêves, reprend Jean-Christophe Hubert qui présente en même temps une exposition consacrée au surréalisme au château de Waroux (ci-contre). En fait, son inspiration est purement hassidique. Dans cette tradition juive, tout le monde participe au sacré, même les animaux, les monstres, les êtres hybrides. On retrouve aussi cette notion de fête rêvée permanente, l'importance portée à la musique et aux musiciens dans l'oeuvre de Chagall."
Solidement balisé, le parcours montre que cette oeuvre de l'éternelle et universelle humanité est pleine de références au pays de son enfance, la Biélorussie juive et ce courant mystique venu d'Europe centrale selon lequel l'omniprésence du Dieu caché se révèle dans les merveilles du monde. Le poisson vole. La vache flotte dans l'air, mais le coq rappelle aussi le triple reniement de l'apôtre Pierre...
Bouquet noir et bleu, Symphonie du jardin d'Eden, Les amoureux au-dessus de la ville qui témoigne de son amour pour sa jeune épouse Vava, Tour Eiffel verte, Portrait et enfant rouge, c'est un Marc Chagall au sommet de son art qui est montré ici, dans ce vocable visuel et sentimental bien connu. Les personnages se mettent à marcher, dansent, s'attirent, se repoussent, tournoient au-dessus de la terre, lancés sur une planète nouvelle.
Chagall, plus que tout autre, offre ces déploiements de l'image rendue à la liberté où les songes des années 1950-1960 dominent un parcours élégiaque. Soudain, un couperet tombe au milieu du don d'enfance : une Crucifixion hantée de 1937 vient rappeler les préoccupations humanistes de Chagall, la souffrance irréversible de l'homme au-dessus de toutes les religions : le peintre évoque la tragédie universelle, que ce soit la guerre d'Espagne, la montée du nazisme, ou la lutte du Front Populaire.
"Le Temps est une rivière sans rives", a-t-il écrit...
