26-05-11

JAN FABRE ET LA MORT A VENISE



En marge de la Biennale d'art 2011, Jan Fabre expose son tout nouveau travail à Venise. Il y livre un hommage et une relecture de la célèbre Pietà de Michel-Ange. Une semaine avant l'ouverture, il nous présente sa création en avant-première.

Le contraste est saisissant. A l'extérieur, une petite brise vient rafraîchir la ville écrasée par le soleil. Des gamins jouent sur la place, deux jeunes femmes passent en riant, des hommes déchargent le contenu d'une barque. A l'intérieur, pas un bruit, pas un mouvement. Entre les hautes colonnes de la Nuova Scuola Grande di Santa Maria della Misericordia, un long podium doré occupe tout l'espace. Une étendue brillante et intimidante sur laquelle se dressent cinq sculptures immaculées.

Tandis que la vie éclate au dehors, Jan Fabre explore une nouvelle fois cette étrange contrée, à la lisière de la mort, qui le fascine depuis toujours. Cette fois, il s'y aventure en revisitant à sa façon la célèbre Pietà de Michel-Ange. Le premier coup d'œil est impressionnant. Contraste des murs vieillis et de cette surface dorée sur laquelle trônent les sculptures d'une blancheur parfaite. Force de la succession des œuvres menant à l'image de la Pietà, instantanément reconnaissable. Majesté d'un lieu à la hauteur démesurée, baigné de la seule lumière venue de l'extérieur…

L'ensemble force le respect, intimide le visiteur. Pour approcher les sculptures, il faut ensuite enfiler de larges chaussons de feutre. Quatre cerveaux géants tout d'abord. Chacun est surmonté d'un élément symbolique : arbre de vie, croix, bonsaï, tortues… Ceux-ci ne sont pas seulement associés à la reproduction du cerveau. Ils en sont les prolongations diverses, directement sculptés dans la masse. Vient ensuite l'interprétation très libre de la Pietà vers laquelle tout converge. Ici, le Christ prend les traits de l'artiste. Quant à la mère éplorée, elle a le visage de la mort. L'image est saisissante. Emouvante aussi. Car étrangement, il se dégage de cette vision une douceur inattendue.

Suspendus aux colonnes qui entourent le podium, on retrouve des cocons recouverts de carapaces vertes de scarabées. La signature Fabre en quelque sorte. Mais au-delà de celle-ci, l'artiste parvient une nouvelle fois à surprendre, rendant hommage à Michel-Ange tout en livrant sa propre vision du lien unissant la mort à la vie, le monde réel et le spirituel. Loin de jouer la provocation, il livre une œuvre d'une grande beauté formelle confrontant chacun à sa fin inéluctable.

Dans quelques jours, la foule se pressera dans ces lieux, bousculant la belle sérénité actuelle. De grandes affiches annoncent l'événement dès l'aéroport. C'est qu'en quelques années, Venise est devenu un rendez-vous incontournable pour Jan Fabre qui y présente tous les deux ans de nouvelles créations en marge de la Biennale officielle. Dans le même temps, son travail se déploie à Otterlo (Pays-Bas) et à Vienne. D'un côté, le musée Kröller-Müller présente une rétrospective de son travail avec plusieurs créations nouvelles. A Vienne, le Kunsthistorisches Museum revient sur sa période bleue. Ses grands dessins à la pointe bic se mêlent aux Rembrandt, Rubens et autres Caravage. Une redécouverte permettant de constater le chemin accompli par l'artiste et son incroyable créativité depuis plus de trente ans. Et lui-même nous l'assure ; il ne fait que commencer…

Du 1er juin au 16 octobre,

Website : Nuova Scuola Grande di Santa Maria della Misericordia
Sestiere Cannaregio 3599, Fondamenta della Misericordia, Venise.

FIC123.BE een website met info en cultuur.
Bron/Source : Lesoir.be