16-05-11
EBLOUISSANT KAPOOR
L'artiste britannique est l'invité de Monumenta 2011. Il occupe tout l'espace avec une oeuvre unique et époustouflante. On peut la découvrir de l'intérieur et de l'extérieur, comme Jonas explorant les entrailles de la baleine.
Ma tête s'est vidée dans mon corps », lâche une étudiante en sortant du Leviathan d'Anish Kapoor. Sa copine confirme : « J'ai cru que j'allais m'évanouir… » Toutes deux font partie d'un groupe scolaire, l'un des tout premiers à visiter l'installation monumentale de l'artiste au Grand Palais. Mardi soir, plus de 8.000 personnes s'y pressaient pour l'inauguration de la 4e Monumenta. Après Kiefer en 2007, Serra (2008) et Boltanski (2010), c'est l'artiste britannique d'origine indienne qui se mesure à l'architecture démesurée du Grand Palais.
Lors d'une de ses premières visites sur les lieux, il aurait déclaré qu'il voulait que le visiteur découvrant son œuvre s'exclame : Waouaw ! Il a fait mieux que cela. Il laisse le visiteur bouche bée, non pas devant l'œuvre mais au cœur de celle-ci.
Dès mercredi matin, la foule était au rendez-vous. A l'entrée, l'excitation est palpable. Devant nous, une porte tournante ne laisse rien voir de l'intérieur. Dès que l'on pénètre dans le sas, on perçoit une couleur rougeâtre à travers les vitres. Puis, d'un seul coup, on plonge dans le ventre de la bête.
Ici, pas question d'observer l'œuvre à distance : elle vous engloutit mais sans jamais se laisser approcher. La première partie de Leviathan est une plongée dans le rouge. Une nef gigantesque, comme une cathédrale. Mais avec en point de mire trois percées vers d'indéfinissables sphères aussi attirantes qu'effrayantes.
Autour de nous, certains évoquent l'hydre à trois têtes, d'autres parlent de caverne, de cocon, de vaisseau spatial ou encore d'un gigantesque et mystérieux organisme vivant, qu'évoque le rouge sang des parois, un monstre mystérieux, une plongée dans les enfers… Pourtant, tout ici est lisse, souple, protecteur comme un ventre originel où nous serions de retour. Constituée d'immenses bandes de PVC, la structure est gonflée en permanence par un système invisible mais générant une pression inhabituelle.
Du coup, un léger vertige saisit nombre de visiteurs. Soudain, la lumière change, le rouge s'éclaire magnifiquement, les structures extérieures du Grand Palais apparaissant en ombres chinoises. Aucun effet technique ici : la simple apparition du soleil, et son cheminement au fil du jour, modifie constamment l'ambiance du lieu.
Au sortir de cet antre, une deuxième porte nous fait découvrir l'aspect extérieur de la bête. Cette fois, la nef du Grand Palais est bien visible mais un monstrueux appendice semble s'y être développé en toute impunité. Jamais le lieu n'avait été à ce point transformé, dévoré, phagocyté par une œuvre. Une seule et unique œuvre qui fascine et hypnotise par son incroyable présence.
Jusqu'au 23 juin (tous les jours sauf le mardi) dans la Nef du Grand Palais, avenue Winston Churchill, 750008 Paris.
Website : Monumenta
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Bron/Source : Lesoir.be