140 ans après la Commune de Paris, la ville rend hommage aux insurgés de 1871 et à leur gouvernement éphémère
Avec des photos, des gravures, des journaux de l'époque, une exposition à l'Hôtel de Ville de Paris raconte les deux mois pendant lesquels les fédérés ont administré la ville.
L'euphorie qu'a suscité ce gouvernement populaire, puis son écrasement et la répression qui a suivi.
« La Mairie de Paris se devait d’accueillir un hommage à la Commune de Paris », estime le maire Bertrand Delanoë dans la présentation de l’exposition, saluant ce « moment d’enthousiasme et d’espoir », ce « moment de générosité et d’idéaux », soulignant que la Commune a été « pionnière sur des sujets essentiels » comme « la promotion de la laïcité, la protection des travailleurs, l’émancipation des femmes ».
« On a voulu faire une exposition événementielle, pédagogique, avec des explications conséquentes », explique le commissaire de l’exposition Pierre Casselle, directeur de la Bibliothèque de l’Hôtel de Ville. « Le but était que le visiteur sache ce qui s’est passé pendant ces deux mois dramatiques de l’histoire de Paris », ajoute-t-il.
L’iconographie de cette période n’est pas évidente : s’il y a un certain nombre de photos, elles concernent essentiellement les barricades et les ruines. Il a donc été fait appel à des reproductions de journaux illustrés, à des affiches originales, à des documents manuscrits et à de nombreuses gravures.
L’histoire de la Commune est présentée chronologiquement, depuis sa proclamation, le 20 avril 1871. Thiers a voulu désarmer Paris, retirer notamment les canons installés lors du siège de la ville par les Prussiens. Les Parisiens ont refusé et une partie de l’armée a fraternisé avec eux. Le gouvernement quitte Paris pour Versailles.
La proclamation de la Commune
On peut voir à l’Hôtel de Ville l’affiche de proclamation de la Commune de Paris, telle qu’elle est placardée dans les rues de la capitale. Le Cri du peuple, journal de Jules Vallès, titre : La Fête.
Des élections sont organisées le 26 mars et le gouvernement de la Commune siège dans l’Hôtel de Ville. Les gardes nationaux s’installent dans la cour et dans la grande salle des fêtes, comme le montrent des gravures de l’époque.
L’assemblée municipale, jeune et populaire, prend rapidement des décisions sociales, annoncées par voie d’affiche : la suppression du travail de nuit, l’attribution de fournitures scolaires gratuites, la remise des termes dus par les locataires… Dans un gros cahier sont consignés les PV manuscrits de la Commune.
Celle-ci décide de détruire la colonne Vendôme, symbole à ses yeux du militarisme : c’est pour la Commune un « attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité ». Sur des photos, les badauds regardent la colonne à terre.
Dès le mois d’avril, les fédérés lancent des attaques à l’extérieur de Paris contre les Versaillais, mais leurs piètres chefs militaires encaissent des défaites. Ils tentent de donner une dimension nationale à leur combat en envoyant des affiches au reste de la France : elles sont envoyées par des ballons qui s’élèvent depuis l’Hôtel de Ville.
Personnalités, de Varlin à Louise Michel
Une salle de l’exposition est consacrée aux personnalités de la Commune, avec des photos des 80 élus, parmi lesquels Gustave Courbet, Eugène Varlin, Gustave Flourens, Charles Delescluze, Eugène Pottier, Jules Vallès.
Si les femmes ne siègent pas, elles se sont mobilisées, participant parfois aux combats. Louise Michel, institutrice et figure essentielle de la Commune, sera déportée en Nouvelle-Calédonie.
On estime à 300.000 les Parisiens qui soutiennent vraiment la Commune, ouvriers, artisans, employés, artistes. Ils sont défendus par les combattants « fédérés », presque tous issus de la Garde nationale. Les barricades, emblématiques de la Commune, sont une affaire sérieuse. Pour défendre la ville contre les Versaillais, on crée même une Commission des barricades, dont la construction est encadrée par des polytechniciens. Immortalisées par de nombreuses photos, certaines sont de véritables monuments.
La semaine sanglante
Mais la Commune ne fait pas le poids militairement face à Versailles qui, en une semaine, la « semaine sanglante », l’écrase en entrant dans la ville par l’ouest.
Les affiches de la Commune appelant les soldats versaillais à fraterniser ne servent à rien. Les fédérés sont exécutés sans procès. En représailles, des otages, essentiellement des prêtres, sont tués. Une gravure montre les soldats de Versailles inspectant les mains pour y chercher de la poudre. Dans une célèbre lithographie, Manet a représenté des communards tués. La défense quartier par quartier, barricade par barricade, montre vite ses limites et les Versaillais avancent facilement. Les derniers combats ont lieu au cimetière du Père Lachaise.
La répression suit, 40.000 défenseurs de la Communes sont arrêtés et acheminés à pied à Versailles, où ils sont entassés avant de comparaître devant la justice militaire. Peu d’insurgés seront exécutés, mais plusieurs milliers partent en déportation.
Dans la débâcle, les communards ont incendié un certain nombre de bâtiments, le palais d’Orsay, les Tuileries et surtout l’Hôtel de Ville. Les images de Paris en feu, puis celles des ruines, ont marqué les esprits. Certains bâtiments détruits ressemblent à des ruines antiques. Ces images ont servi la propagande des Versaillais, qui les a exploitées pour présenter la Commune comme une entreprise de « folie destructrice ».
On édite des guides de visite des ruines de Paris, des cartes postales. L’exposition se termine sur une gravure montrant des étrangers s’extasiant devant les débris.
La Commune, 1871, Paris capitale insurgée, Hôtel de Ville de Paris, 29 rue de Rivoli, 75004 Paris
Tous les jours sauf dimanches et fêtes, 10h-19h
Exposition gratuite
Du 18 mars au 28 mai 2011
