31-03-11

MIRO, TOUJOURS AU FIRMAMENT


120 oeuvres de Joan Miró sont exposées à l'Espace ING, à Bruxelles. La banque a restauré « Le cheval de cirque » du Musée d'Ixelles, qui ouvre bellement l'expo. Miró voulait explorer des contrées inédites, décupler le pouvoir magique de l'oeuvre.
A border l'œuvre de Miró, si flagrante de la magie surréaliste, sous l'angle de la poésie peut paraître redondant. C'est pourtant l'angle retenu par les responsables de l'Espace culturel ING en collaboration avec les Musées royaux des beaux-arts et la Fondation Miró de Barcelone, pour réaliser cette exposition qui s'attache globalement à l'œuvre et en tire l'essentiel. A savoir, une expérimentation, une modernité et une inventivité que rien ne dément, pas même le recul historique.
L'œuvre de l'artiste surréaliste apparaît plus que jamais, dans son resserrement ponctué des moments-clés, plutôt que dans son déploiement, comme la métaphore du monde vu par les yeux des enfants et des « primitifs ». Un monde ludique de beauté sauvage, parfois éthérée, majestueusement graphique et teintée d'orientalisme, qui n'a jamais fait l'impasse, pourtant, sur la réalité et son histoire. Bien au contraire.
Intégrant cette face sombre et brutale des choses dans les aplats noirs et la multiplicité de signes également noirs, ses formidables Constellations réalisées pendant la guerre montrent comment le crépitement des couleurs et l'affabulation plastique sont gagnés par des nuées de funestes présages dont les traces subsisteront. Il ne fait aucun doute que le peintre a vécu douloureusement la guerre et le franquisme au point que, dans cette Espagne délivrée de ses démons, il reste encore et toujours le symbole de la résistance.
« La plus grande liberté »
Le titre de « peintre-poète » prend donc son sens quand l'exposition, surfant sur la diversité de ces 120 peintures, gravures, sculptures, gouaches et dessins, sur la vastitude du « mirómonde » et des « miróglyphes » montre que l'activité plastique est structurellement, chez lui, activité poétique. N'entendait-il pas détruire « ce qui existe en peinture » et ne retenir que « l'esprit pur » ? Jeter la défroque du peintre aux orties et tout ce qui va avec pour renouveler l'expérience de fond en comble, explorer des contrées inédites, styliser et épurer à l'extrême les objets concrets dans le but de décupler le pouvoir magique et plastique de l'œuvre ? Une œuvre qui se déclenche au départ d'une tache, d'un point, d'une ligne, d'une texture, d'un fil, maturant longuement à l'atelier pour aboutir à cette écriture-peinture foisonnante, enchevêtrée, mobile, funambule, déliée à l'extrême.
Tout cela fait bien de Miró un poète surréaliste orthodoxe qui, proche des mouvements d'après-guerre, resta résolument lui-même, plus poète que peintre et surtout, selon lui, plus « jardinier » et artisan avec ces formes qui ne cessent de s'engendrer et de se transformer et que les titres ancrent dans une émotion simple.
C'est dire si son allergie au terme abstrait qu'on lui colla assez vite aux basques et qu'il renia avec la dernière énergie, était grande. Giacometti cerne bien le paradoxe. Pour lui « Miró, c'était la plus grande liberté. Il ne pouvait poser un point sans le faire tomber juste. Il était si véritablement peintre qu'il lui suffisait de laisser trois taches de couleur sur la toile pour qu'elle existe et soit un tableau ».
Paraphrasant Scutenaire à propos de Magritte, on pourrait dire aussi bien : « Miró n'est pas un peintre. Miró est un grand peintre. »

Espace culturel ING, 6 place Royale à Bruxelles, du 24 mars au 19 juin.