Au musée de Dunkerque, éclectique et intéressant parcours : un corps à corps
Quatre œuvres de l’impertinent Erwin Wurm viennent de rejoindre l’exposition mise sur pied par Aude Cordonnier et son équipe, consacrée au corps dans les arts. Construite sur une base d’œuvres de la collection avec ajouts de prêts privés et muséaux dont des MRAH de Bruxelles, cette expo de qualité et de grande diversité ne vise certainement pas à une quelconque exhaustivité sur une thématique souvent abordée et peut-être la plus récurrente dans l’histoire de l’art. Pourtant cette expo est loin d’être sans mérite à travers son découpage par ensembles et l’intérêt des œuvres qui sans miser sur le vedettariat sont autant de balises visuelles posant et ouvrant largement le propos. Cette expo est un modèle intelligent d’exploitation d’une collection et des possibilités de son extension, d’autant plus que le plaisir de la découverte y est bien réel.
Le corps, c’est évidemment l’homme en toutes ses composantes, des apparences en l’intimité la plus secrète, du mental au psychologique, de son apparat (de prestige, de séduction, de richesse ou pauvreté ) à sa nudité. Il est à aborder, à accepter, à comprendre, et à présenter aux autres. C’est cette complexité, ici à peine entrebâillée, renouvelée en chaque individu pour lui-même et dans le contexte sociétal, qu’explore l’exposition par le truchement de l’incarnation du corps humain dans les œuvres aussi bien rituelles que strictement artistiques. C’est aussi une forme de dépouillement des oripeaux, de mise à nu dans tous les sens du terme qu’annonce la photographie de Nicole Tra ba Vang montrant une femme se débarrassant de sa fausse peau.
Couvrant l’histoire de l’art - on pourrait même remonter jusqu’aux peintures pariétales des mains - incluant des statuettes primitives (Dinga du Soudan) ou anciennes (ivoires japonais), évoquant tatouages et scarifications, opérant un balayage sur la peinture ancienne notamment religieuse et portant son regard jusqu’aux œuvres actuelles, l’ensemble vise large. Découpé en cinq sections, il traduit la permanence du sujet en civilisations multiples et en formes d’expression variées ancrées dans leur époque. Surtout, il suggère, au-delà du contact des œuvres, et ce n’est pas la moindre de ses richesses, une multitude de pistes à explorer plus avant.
S’ouvrant sur la question de la parure et de l’apparence, on passe de la figure de l’enfant (portrait de Frans Pourvus le jeune) aux injonctions de la mode à travers les âges et les continents avec évocation de statuts sociaux. Déjà tout un monde en soi, des bijoux aux vêtements, du montré au revêtu !
Pas de corps humain sans sensualité, érotisme, séduction, sans le nu généralement féminin jusqu’en peintures religieuses telles celle d’une Sainte Madeleine de Luca Giordano attisant le désir comme cette Suzanne au Bain de Charles Landelle affriolant les vieillards. Pas de corps féminin sans l’image médiatique et publicitaire, par exemple à la Peter Klasen. Une section qui mériterait à elle seule un énorme développement.
Corps en tension ou débordant d’énergie dans les activités dont la création artistique ou dans les rapports humains. Force, stature et poids s’y expriment avec densité parfois extrême comme dans les œuvres de Abramovic et Ulay, voire en exubérance gestuelle chez Wallace Ting.
Si les œuvres d’Erwin Wurm qui clôturent l’exposition traitent avec ironie d’un corps boursouflé, on pointera encore en autres divisions, un petit mais magnifique Saint Jean-Baptiste d’Alonzo Cano, un autoportrait du Belge Vercruysse et un autre d’Elina Brotherus, une vidéo de Gadenne, une participation également ironique de Manit Sriwanichpoom Il y a des découvertes à faire.
