20-07-10

LA CATHEDRALE BELGE DE ROUAN


Arne Quinze revisite l'impressionnisme sur 120 mètres de long, audessus de la Seine. L'artiste belge qui avait dessiné « Le Soir » en 2007 est devenu une star mondiale de l'art urbain.
Rouen. La ville aux cent clochers de Victor Hugo. La ville des cathédrales fantômes de Claude Monet et des ponts enfumés de Camille Pissarro. C'est là, sur le pont Boieldieu, par-dessus la Seine impressionniste, que l'artiste belge Arne Quinze a sculpté Camille, sa nouvelle cathédrale de bois fluorescent de 120 mètres de long. Samedi 3 juillet, Camille sera la star contemporaine du festival impressionniste de Normandie et le restera tout l'été, jusqu'au 29 août, avant d'être démontée. Nous avons rencontré Arne Quinze à ses pieds, quelques jours avant l'inauguration.
Camille Pissarro a peint le pont Boieldieu dans une série de tableaux impressionnistes conservés dans les plus grands musées du monde. Mais ce n'est pas à sa mémoire qu'Arne Quinze a baptisé son œuvre : « J'ai pensé à Camille Monet, la femme de Claude Monet. Son mari aussi avait été inspiré par Boieldieu. Ma Camille symbolise le flirt de Monet avec le pont. Les peintres impressionnistes jouaient beaucoup de la lumière. Dans ma sculpture, ce sont les ombres qui bougent. Je ne voulais pas m'emparer du pont entier. Je ne voulais pas être arrogant : 120 mètres me suffisaient. Il fallait garder de la légèreté comme dans les œuvres impressionnistes. »
Pas droit à l'erreur
Camille met 120 tonnes de couleur dans le panorama de Rouen, s'approprie la Seine, la colline et les flèches des cathédrales. Toute la ville n'a plus d'yeux que pour elle. « L'équilibre est important. Je ne voulais pas noyer le fleuve ni passer au-dessus de la montagne. Camille devait se glisser entre tout ça. J'ai tracé les lignes dans mon silence intérieur, chez moi, en Belgique, jusqu'à ce que je me sente bien avec le dessin, puis que je voie si ça pouvait tenir. En cas de très grosse tempête, la structure doit résister. Il ne faut pas vouloir être le plus grand, le plus haut. Il s'agit de respecter les forces de l'environnement, de les épouser. J'ai l'instinct de la physique. Je sais où il faut mettre un porte-à-faux et là où il ne faut pas. Il est important de tenir compte de la chaleur, de la pluie. A Bruxelles, le Cityscape que j'avais érigé avenue de la Toison d'Or était cloué. Ici, tout est vissé car la nature peut être violente à Rouen. Sur le pont, Camille est comme une planche de surf dans le vent ! On n'a pas droit à l'erreur. »
L'équipe d'Arne Quinze a eu deux semaines pour monter ce formidable Meccano. « Les bureaux de l'inspection du travail sont en face. Ils nous voyaient grimper presque jour et nuit, samedi et dimanche compris. Ils ont voulu arrêter le chantier, parce qu'en France on ne travaille pas plus de 35 heures par semaine. Mais comme tout était en règle, on a pu continuer. Ils ont compris qu'on était là pour faire plaisir aux Rouennais. Environ 40 % du trafic de la ville passent par ce pont. Pendant deux mois, il va rester fermé à la circulation et ça va faire du bien. Tout le monde pourra se promener dessus à pied. La vue sera fantastique. Après ? Il restera des photos, des films, des articles. J'espère que le vide laissé par Camille poussera les gens à bouger. L'art monumental met des sourires sur les visages. Il pousse les gens vers la culture. »
Des jardins de géant
A Rouen, personne n'avait jamais vu une œuvre d'art aussi monumentale depuis les bâtisseurs de cathédrales. Des passants intrigués ont voulu escalader les grilles de sécurité. D'autres ont protesté à cause des bouchons provoqués par la fermeture du pont. Arne Quinze s'amuse des réactions. « Si je suis un rebelle, alors c'est dans le bon sens du terme. Je veux apporter du bonus à la vie. Le 3 juin, Rouen va respirer. Je vais aussi accrocher dans l'abbatiale de Saint-Ouen des toiles géantes inspirées par les jardins de Monet. Il y en a 21 pour rythmer les 21 pans de murs. C'est une libre réinterprétation de Monet. Les toiles trouveront leur force à la lumière des vitraux. J'ai mis un an à les peindre, après avoir été ébloui par l'abbatiale. »

Website : Normandie Impressionniste

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