
Parcours choisi, à Namur, pour évoquer l'un de nos abstraits les plus accomplis : Jo Delahaut (1911-1992). Un artiste qui a su donner des ailes à la géométrie.
Contrairement à ce que suggère le petit film de David Mileikowski réalisé au début des années 80, l'œuvre de Delahaut n'est pas la conversion, en peinture, des géométries qui gouvernent notre quotidien, terrains de tennis, autoroutes, rais lumineux et autres conquêtes de la technologie.
Elle est moins encore, comme on l'a souvent pensé des « abstraits », et bien que le peintre fût en possession d'un solide bagage intellectuel, coquetterie d'une élite désengagée, fuyant le monde et générant dans sa tour d'ivoire un langage à l'usage de ses pairs.
Personne n'a été aussi proche des autres, aussi attentif au monde, à ses tourments et à ses beautés, que ce minimaliste amoureux des grands espaces peints et des aplats de couleurs, enseignant à la Cambre dès 1962. Des couleurs homogènes, pleines et pures, mais aussi des demi-teintes en accords rares qu'une forme d'abord, un vaste signe noir et compact, ensuite, puis une simple ligne suffisent à mettre en mouvement.
Au lendemain de la deuxième guerre, le peintre, qui a brièvement tâté du fauvisme, manifeste un vif besoin d'oxygène. De la même façon que l'écrivain tchèque Milan Kundera rend grâce à la lenteur pour des raisons plus existentielles que philosophiques, Delahaut chante l'infini du champ pictural et son ouverture aux questions les plus pointues. Une sorte de « zen attitude » de la peinture, dont la simplicité, le calme sont les premiers outils.
L'artiste a multiplié les variantes, mettant à l'épreuve la sempiternelle dialectique du moins et du plus, réduisant les moyens au maximum – jusqu'à nier la hiérarchie conventionnelle entre forme et espace – pour gagner en force expressive.
Il pensait que seules les Pyramides, au chapitre de l'architecture, dans la stricte et monumentale convergence de leurs lignes de force, étaient à mêmes de dilater le regard et de l'ouvrir à l'infini. Et s'attela à définir, en peinture, des termes équivalents propres à restaurer cette disponibilité d'esprit que la vie de tous les jours, confuse et brouillonne, dispute à chacun.
Vingt ans après sa disparition, il a plus que jamais raison.
Ses tableaux, qu'on les vive comme apaisement ou comme éclatement (les superbes compositions dynamiques des débuts) nous sortent bien évidemment du cloisonnement et de la passivité visuelle. Espace de méditation, champ en perpétuelle extension, chacun (exception faite, peut-être, des grandes peintures émaillées, plus froides) conduit l'œil et l'esprit bien au-delà de la grammaire des formes et des oppositions de couleurs.
La plus lucide des conquêtes
L'exposition de Namur, nullement une rétrospective mais parcours choisi du début à la fin, en 1992, rappelle que Delahaut fut le seul, au sein de la Jeune Peinture, à opter pour cette conception radicale de l'espace mis en scène par une géométrie minimale. Et comment il se mit à l'abstrait, dès 1946, sans avoir connu ses prédécesseurs de la Plastique Pure.
Grâce à lui, la couleur allait peser tout son poids, libérer ses, entraîner l'œil vers une communication supérieure avec le monde. Imaginant des espaces purement mathématiques et aériens, des compositions funambules que de nouveaux accords gonflaient d'un tonus inouï, le peintre déboucha tout naturellement sur l'intégration architecturale et sur d'autres applications comme la reliure, se distinguant très franchement du minimalisme atonal des artistes américains.
En mettant la géométrie au premier plan comme la plus lucide conquête de l'homme pour gérer l'espace, il refusait ni plus, ni moins, la déshumanisation, et confirmait qu'il n'est point besoin de figure ni d'image pour parler des êtres.
Elle est moins encore, comme on l'a souvent pensé des « abstraits », et bien que le peintre fût en possession d'un solide bagage intellectuel, coquetterie d'une élite désengagée, fuyant le monde et générant dans sa tour d'ivoire un langage à l'usage de ses pairs.
Personne n'a été aussi proche des autres, aussi attentif au monde, à ses tourments et à ses beautés, que ce minimaliste amoureux des grands espaces peints et des aplats de couleurs, enseignant à la Cambre dès 1962. Des couleurs homogènes, pleines et pures, mais aussi des demi-teintes en accords rares qu'une forme d'abord, un vaste signe noir et compact, ensuite, puis une simple ligne suffisent à mettre en mouvement.
Au lendemain de la deuxième guerre, le peintre, qui a brièvement tâté du fauvisme, manifeste un vif besoin d'oxygène. De la même façon que l'écrivain tchèque Milan Kundera rend grâce à la lenteur pour des raisons plus existentielles que philosophiques, Delahaut chante l'infini du champ pictural et son ouverture aux questions les plus pointues. Une sorte de « zen attitude » de la peinture, dont la simplicité, le calme sont les premiers outils.
L'artiste a multiplié les variantes, mettant à l'épreuve la sempiternelle dialectique du moins et du plus, réduisant les moyens au maximum – jusqu'à nier la hiérarchie conventionnelle entre forme et espace – pour gagner en force expressive.
Il pensait que seules les Pyramides, au chapitre de l'architecture, dans la stricte et monumentale convergence de leurs lignes de force, étaient à mêmes de dilater le regard et de l'ouvrir à l'infini. Et s'attela à définir, en peinture, des termes équivalents propres à restaurer cette disponibilité d'esprit que la vie de tous les jours, confuse et brouillonne, dispute à chacun.
Vingt ans après sa disparition, il a plus que jamais raison.
Ses tableaux, qu'on les vive comme apaisement ou comme éclatement (les superbes compositions dynamiques des débuts) nous sortent bien évidemment du cloisonnement et de la passivité visuelle. Espace de méditation, champ en perpétuelle extension, chacun (exception faite, peut-être, des grandes peintures émaillées, plus froides) conduit l'œil et l'esprit bien au-delà de la grammaire des formes et des oppositions de couleurs.
La plus lucide des conquêtes
L'exposition de Namur, nullement une rétrospective mais parcours choisi du début à la fin, en 1992, rappelle que Delahaut fut le seul, au sein de la Jeune Peinture, à opter pour cette conception radicale de l'espace mis en scène par une géométrie minimale. Et comment il se mit à l'abstrait, dès 1946, sans avoir connu ses prédécesseurs de la Plastique Pure.
Grâce à lui, la couleur allait peser tout son poids, libérer ses
En mettant la géométrie au premier plan comme la plus lucide conquête de l'homme pour gérer l'espace, il refusait ni plus, ni moins, la déshumanisation, et confirmait qu'il n'est point besoin de figure ni d'image pour parler des êtres.
Maison de la Culture de Namur, 14 avenue Golenvaux, jusqu'au 27 juin, tous les jours de 12 à 18h
Bron/Source : Le Soir