A Lille, Pascale Marthine Tayou invite à se perdre dans une exposition labyrinthique. Mêlant comme jamais ses influences occidentales et africaines, il invente un monde reflet du nôtre. Avec humour, intelligence et talent, il captive le visiteur et suscite une multitude de questions.Deux couloirs tracés en blanc sur le sol de l'ancienne gare Saint-Sauveur. Deux pistes de 100 mètres pour un duel avec soi-même ou avec tout adversaire prêt à relever le gant… C'est avec cet amusant défi que démarre l'exposition Traffic Jam de Pascale Marthine Tayou.Une entrée en matière en ligne droite. Tout l'inverse de ce qui va suivre. Comme l'indique le titre Traffic Jam (Embouteillage), on plonge ensuite dans un chaos géant où le visiteur peut se perdre et découvrir les œuvres en toute liberté.
« Ce titre est d'abord lié à la gare elle-même, explique l'artiste camerounais, installé à Gand depuis de nombreuses années. Une gare, c'est un lieu de croisement, de rencontres, de frottements dans la foule. Je voudrais que cette exposition soit cela aussi. Et puis qu'elle soit également la révélation de moi-même dans le regard des visiteurs. »
Rencontrer, découvrir, se dévoiler à l'autre et faire en sorte que l'autre se dévoile : voici quelques-uns des moteurs de cet artiste qui prétend ne pas vraiment l'être. « Je ne suis pas un artiste. Je me révèle à vous, comme je suis. C'est tout. » On le retrouve pourtant depuis plusieurs années dans les plus grandes collections privées et publiques, dans toutes les grandes manifestations d'art contemporain et, en ce moment même, à Art Brussels et au BPS 22 à Charleroi, dans l'exposition « One shot ! ».
Là comme à Lille, il a directement travaillé en lien avec le lieu et la thématique qu'engendre celui-ci. Pour la gare Saint-Sauveur, il présente une dizaine d'œuvres nouvelles et plusieurs grandes installations déjà présentées dans diverses manifestations comme le formidable Human being@work, découvert à la biennale de Venise. Ce mariage de matériaux les plus basiques (bois, corde, etc.) et de vidéos crée un village mondial entièrement réagencé dans le décor de la gare. « Les gens qu'on voit sur ces films, je les rencontre aux quatre coins du monde tandis qu'ils sont au travail, d'où le titre de l'installation. Pendant qu'ils parlent, ils font ce qu'ils ont à faire. Et je fais mon boulot de mon côté. »
Des images et des mots
Dans la foulée, on découvre une nouvelle installation : les Flâneurs de Montreuil. Une série de personnages flanqués de valise. « Ce sont des gens qui arrivent quelque part. Où peut-être qui ont voulu partir à travers le monde, devenir des explorateurs. Mais on les qualifie d'immigrés. »
L'exil, l'identité, le voyage, la place de chacun dans le monde sont quelques-uns des thèmes abordés par Pascale Marthine Tayou dans son travail. On les retrouve à travers une série d'étonnantes statuettes africaines en cristal mais aussi dans un gigantesque luminaire en sacs plastiques et à diverses installations renvoyant aux clichés sur l'Afrique. D'autres pièces s'inspirent de dessins de la fille de l'artiste, du syncrétisme propre à sa mère (« Elle n'a jamais quitté son village mais c'est l'être le plus global que j'ai jamais rencontré ») ou d'un incident au cours duquel son épouse brisa un écran de télévision. L'artiste en a fait une œuvre intitulée Ceci n'est pas un Pistoletto, en référence aux miroirs brisés géants de ce dernier. « Mais attention, précise-t-il en souriant. Ce n'est pas un hommage à Pistoletto. C'est un hommage à ma femme. »
Pour chaque pièce, il délivre une anecdote, une histoire qu'il conte avec un talent fou. Les titres permettent aussi d'aller au cœur du propos comme dans Bling Bling Family, Le monde tourne, Jpegafrica (à propos des clichés sur l'Afrique) ou encore Subprime montrant des ballons de baudruches entassés dans une sculpture africaine et d'autres éclatés, jonchant le sol.
« C'est une expo où chacun à la possibilité de devenir son propre tube à essai. Ce que je dis, c'est ce que je pense. Mais je ne suis pas différent de vous. Je suis comme vous, une partie de vous. C'est d'abord une aventure humaine. »
Joyeux mais interpellant, mystérieux, envoûtant, plein d'humour, questionnant le visiteur sur sa vision du monde, de l'autre, de lui-même, Traffic Jam est un parcours formidable à effectuer dans n'importe quel sens et selon son propre rythme. Une vraie rencontre.
Jusqu'au 13 juin à l'ancienne Gare Saint-Sauveur de Lille, entrée gratuite.
« Ce titre est d'abord lié à la gare elle-même, explique l'artiste camerounais, installé à Gand depuis de nombreuses années. Une gare, c'est un lieu de croisement, de rencontres, de frottements dans la foule. Je voudrais que cette exposition soit cela aussi. Et puis qu'elle soit également la révélation de moi-même dans le regard des visiteurs. »
Rencontrer, découvrir, se dévoiler à l'autre et faire en sorte que l'autre se dévoile : voici quelques-uns des moteurs de cet artiste qui prétend ne pas vraiment l'être. « Je ne suis pas un artiste. Je me révèle à vous, comme je suis. C'est tout. » On le retrouve pourtant depuis plusieurs années dans les plus grandes collections privées et publiques, dans toutes les grandes manifestations d'art contemporain et, en ce moment même, à Art Brussels et au BPS 22 à Charleroi, dans l'exposition « One shot ! ».
Là comme à Lille, il a directement travaillé en lien avec le lieu et la thématique qu'engendre celui-ci. Pour la gare Saint-Sauveur, il présente une dizaine d'œuvres nouvelles et plusieurs grandes installations déjà présentées dans diverses manifestations comme le formidable Human being@work, découvert à la biennale de Venise. Ce mariage de matériaux les plus basiques (bois, corde, etc.) et de vidéos crée un village mondial entièrement réagencé dans le décor de la gare. « Les gens qu'on voit sur ces films, je les rencontre aux quatre coins du monde tandis qu'ils sont au travail, d'où le titre de l'installation. Pendant qu'ils parlent, ils font ce qu'ils ont à faire. Et je fais mon boulot de mon côté. »
Des images et des mots
Dans la foulée, on découvre une nouvelle installation : les Flâneurs de Montreuil. Une série de personnages flanqués de valise. « Ce sont des gens qui arrivent quelque part. Où peut-être qui ont voulu partir à travers le monde, devenir des explorateurs. Mais on les qualifie d'immigrés. »
L'exil, l'identité, le voyage, la place de chacun dans le monde sont quelques-uns des thèmes abordés par Pascale Marthine Tayou dans son travail. On les retrouve à travers une série d'étonnantes statuettes africaines en cristal mais aussi dans un gigantesque luminaire en sacs plastiques et à diverses installations renvoyant aux clichés sur l'Afrique. D'autres pièces s'inspirent de dessins de la fille de l'artiste, du syncrétisme propre à sa mère (« Elle n'a jamais quitté son village mais c'est l'être le plus global que j'ai jamais rencontré ») ou d'un incident au cours duquel son épouse brisa un écran de télévision. L'artiste en a fait une œuvre intitulée Ceci n'est pas un Pistoletto, en référence aux miroirs brisés géants de ce dernier. « Mais attention, précise-t-il en souriant. Ce n'est pas un hommage à Pistoletto. C'est un hommage à ma femme. »
Pour chaque pièce, il délivre une anecdote, une histoire qu'il conte avec un talent fou. Les titres permettent aussi d'aller au cœur du propos comme dans Bling Bling Family, Le monde tourne, Jpegafrica (à propos des clichés sur l'Afrique) ou encore Subprime montrant des ballons de baudruches entassés dans une sculpture africaine et d'autres éclatés, jonchant le sol.
« C'est une expo où chacun à la possibilité de devenir son propre tube à essai. Ce que je dis, c'est ce que je pense. Mais je ne suis pas différent de vous. Je suis comme vous, une partie de vous. C'est d'abord une aventure humaine. »
Joyeux mais interpellant, mystérieux, envoûtant, plein d'humour, questionnant le visiteur sur sa vision du monde, de l'autre, de lui-même, Traffic Jam est un parcours formidable à effectuer dans n'importe quel sens et selon son propre rythme. Une vraie rencontre.
Jusqu'au 13 juin à l'ancienne Gare Saint-Sauveur de Lille, entrée gratuite.
Website :www.lille3000.com .