
Quatre superbes tapisseries tournaisiennes du XVe siècle racontent une campagne militaire du roi du Portugal Alphonse V. Mais les mites avaient terrassé les armées royales... A découvrir après restauration au Cinquantenaire, pendant deux mois seulement.
Une forêt de soldats armés jusqu'aux dents, une armada battant pavillon au loin… L'ensemble de quatre tapisseries ressemble à un terrible fouillis. Puis l'œil s'habitue, reconstitue un sens de lecture, s'égare sur un détail pour un repos bien mérité au cœur de la tourmente. Nous sommes au XVe siècle, en plein tumulte guerrier. Ces tapisseries monumentales (11 mètres de long sur 4 de haut) sont exceptionnelles. Trois d'entre elles illustrent la conquête d'Arzila au cours d'une expédition qui eut lieu du 20 au 24 août 1471. La quatrième raconte l'entrée à Tanger du roi du Portugal, Alphonse V.Présenté à Bruxelles, avant de regagner l'Espagne où elles seront exposées à Tolède puis Madrid, cet ensemble de tapisseries renaît dans un éclat de tonalités et une densité plastique étonnante. Elles reviennent de loin. Le Fonds inBev-Baillet-Latour a permis leur restauration, en collaboration avec la Fondation Carlos Amberes, l'une des plus anciennes d'Espagne puisqu'elle date de 1594. C'est d'ailleurs cette même Fondation qui les a découvertes près de Madrid, à la Collégiale de Pastrana, en très piteux état, noircies, criblées de trous. Si elles avaient été présentées en 2008, à Gand lors de l'exposition des plus belles tapisseries des trésors royaux d'Espagne, elles auraient contaminé tous les autres spécimens.
Une armée de mites
De quelle maladie honteuse souffraient ces tissages majestueux, probablement réalisés à Tournai, peut-être sur des cartons de Nuno Gonzalves et par l'atelier de Passchier Grenier, probablement sur ordre du roi Alphonse V ?
« Elles étaient criblées de trous, dévorées par les mites, répond Yvan Maes De Wit, directeur de la Manufacture royale De Wit chargée de la restauration. C'est de loin le cas le plus grave que nous ayons eu en 30 ans ! Les mites ne s'attaquent pas aux tapisseries anciennes parce que le gras de la laine, la kératine, se décompose après un siècle. Il n'y a plus rien à manger. Que s'est-il passé ici ? Restaurées il y a une cinquantaine d'années avec des laines récentes, les tapisseries avaient tout pour attirer les mites qui se sont concentrées sur celles-ci. Après, elles ont poursuivi le travail en s'attaquant au tissage dans son ensemble. »
Parsemées de trous dont le plus grand faisait quand même 4 ou 5 centimètres de diamètre, les tapisseries de la conquête des côtes marocaines ressemblaient à un ciel étoilé. « La partie supérieure était particulièrement atteinte, souligne Yvan Maes. Plus on monte en hauteur, plus il fait chaud : les bêtes se sentent à l'aise… Elles étaient conservées dans un endroit sans lumière, sans circulation d'air : le pire ! Sinon, on a rencontré les problèmes classiques des tapisseries du XVe, les soies attaquées par la lumière, la corrosion des bruns… »
Décontamination par anoxie, dépoussiérage, nettoyage, restauration des couleurs instables à l'eau, consolidation des lacunes, il a fallu une année de travail minutieux à Malines pour que la Manufacture De Wit leur rende une nouvelle jeunesse. A condition que les conditions de conservation soient modifiées à Pastrana !
Une armée de mites
De quelle maladie honteuse souffraient ces tissages majestueux, probablement réalisés à Tournai, peut-être sur des cartons de Nuno Gonzalves et par l'atelier de Passchier Grenier, probablement sur ordre du roi Alphonse V ?
« Elles étaient criblées de trous, dévorées par les mites, répond Yvan Maes De Wit, directeur de la Manufacture royale De Wit chargée de la restauration. C'est de loin le cas le plus grave que nous ayons eu en 30 ans ! Les mites ne s'attaquent pas aux tapisseries anciennes parce que le gras de la laine, la kératine, se décompose après un siècle. Il n'y a plus rien à manger. Que s'est-il passé ici ? Restaurées il y a une cinquantaine d'années avec des laines récentes, les tapisseries avaient tout pour attirer les mites qui se sont concentrées sur celles-ci. Après, elles ont poursuivi le travail en s'attaquant au tissage dans son ensemble. »
Parsemées de trous dont le plus grand faisait quand même 4 ou 5 centimètres de diamètre, les tapisseries de la conquête des côtes marocaines ressemblaient à un ciel étoilé. « La partie supérieure était particulièrement atteinte, souligne Yvan Maes. Plus on monte en hauteur, plus il fait chaud : les bêtes se sentent à l'aise… Elles étaient conservées dans un endroit sans lumière, sans circulation d'air : le pire ! Sinon, on a rencontré les problèmes classiques des tapisseries du XVe, les soies attaquées par la lumière, la corrosion des bruns… »
Décontamination par anoxie, dépoussiérage, nettoyage, restauration des couleurs instables à l'eau, consolidation des lacunes, il a fallu une année de travail minutieux à Malines pour que la Manufacture De Wit leur rende une nouvelle jeunesse. A condition que les conditions de conservation soient modifiées à Pastrana !
Website : MRAH - KMKG
Bron/Source : Le Soir