12-10-09

Le legs Florent van Ertborn

Rogier van der Weyden - Tripiek van de Zeven Sacramenten - KMSKA

Florent van Ertborn (1784-1840) fut bourgmestre d'Anvers de 1817 à 1828. En dix ans, il modifia nettement le plan de la ville portuaire, recouvrant les canaux, créant le jardin botanique, restaurant la cathédrale, et développant l'enseignement municipal. Ses qualités lui valurent d'être nommé en 1828 gouverneur de la province d'Utrecht.
Par ailleurs, la biographie nationale indique que : « Cet homme remarquable, vrai philosophe, voua toute sa vie à la culture des lettres et des beaux-arts. Il fut à la fois le protecteur et le conseiller des artistes, et sut faire le plus noble usage de sa fortune. »
La famille van Ertborn avait développé un intérêt certain pour l'art. Le grand-père de Florent, le chevalier François Emmanuel van Ertborn, collectionnait l'art du XVIIe siècle. Le goût de Florent le dirigea vers les périodes plus anciennes : les XIVe, XVe et XVIe siècles, alors peu en vogue à l'époque.
Pour lui, la renommée de maîtres tels que Rubens portait de l'ombre à leurs prédécesseurs, et il décida de leur consacrer son temps et son argent. Sa collection réunirait des noms tels que Hans Memling, Rogier van der Weyden et Jan Van Eyck. En 1828, Johanna Schopenhauer, la mère du philosophe, elle-même écrivain (auteur notamment d'une biographie de Van Eyck) rendit visite au bourgmestre d'Anvers pour découvrir sa collection : elle ressortit impressionnée par la qualité des œuvres réunies.
Une collection unique en son temps
En 1840, Florent van Ertborn décède. Son testament rédigé en 1832 stipule que l'ensemble de sa collection revient au Musée d'Anvers : 115 tableaux rejoignent donc les collections en 1841. Ils jettent les bases de la collection d'art primitif flamand.
Le Messager des sciences historiques témoigne l'année suivante : « Nous croyons pouvoir avancer, sans crainte d'être démenti, que le Musée d'Anvers possède seul autant de chefs-d'œuvre de l'Ecole flamande primitive, que tous les Musées réunis de l'Europe. » Le Musée Royal des Beaux-Arts d'Anvers existe alors depuis peu, mais sa collection remonte au XVe siècle, lorsque la guilde de Saint-Luc, qui réunissait les artistes de la ville, commença à conserver des œuvres d'art.
Chefs-d'œuvre flamands
Parmi les chefs-d'œuvre de la collection, Sainte Barbe, de Jan Van Eyck, retient l'attention : cette œuvre énigmatique présente la sainte devant une tour gothique en construction. L'œuvre possède peu de couleurs, puisqu'il s'agit en grande partie d'un dessin.
La question est de savoir si celui-ci est préparatoire, auquel cas l'œuvre est inachevée comme l'édifice représenté à l'arrière-plan, ou bien si Sainte Barbe constitue un dessin à part entière.
Autre pièce de choix de l'artiste : la Vierge à la fontaine, une Maternité emplie de tendresse qui détache les figures sacrées devant un magnifique brocart rouge. La fontaine, ainsi que les motifs floraux, renvoient au Jardin d'Eden et à la Vierge.
De Rogier van der Weyden, le Triptyque des sept Sacrements est un chef-d'œuvre : les scènes bibliques sont représentées à l'intérieur d'une église très lumineuse, créant une majestueuse présentification des personnages. A l'arrière-plan, l'on aperçoit même un retable qui renvoie à celui que l'on regarde
Un Memling étonnant
Un célèbre Portrait d'homme par Memling appartient aussi au legs : il s'agit d'un des très rares portraits du peintre dans lequel le personnage regarde directement le spectateur. L'Ecole flamande ne constitue cependant pas la totalité de l'ensemble légué, et l'on relève aussi d'autres œuvres importantes telles qu'une Charité de Lucas Cranach ou la Vierge du diptyque d'Etienne Chevalier de Jean Fouquet.