10-10-09

Le legs de Max Janlet


Le Musée communal d'Ixelles existe depuis 1892. Dès sa naissance et jusqu'à nos jours, il a pu constituer ses collections par les dons et legs d'amateurs privés. Ainsi, le créateur des XX et de La Libre Esthétique, Octave Maus, a offert un ensemble représentatif d'œuvres d'art de la fin de siècle belge. Citons aussi l'ensemble rarissime de la quasi-totalité des affiches dessinées par Toulouse-Lautrec, données par le commandant Botte. Pour ce qui concerne l'art du XXe siècle, le Musée doit beaucoup au legs Janlet.
Défendre les artistes
Né en 1903, Max Janlet succède à son père à la tête de la société Janlet et fils, une entreprise de peinture. Le goût de l'art est présent très tôt chez le futur collectionneur, qui étudie l'architecture de jardin à Gembloux et les beaux-arts à l'Académie de Bruxelles. Parmi ses passions, l'escrime figure en bonne place, et Max Janlet prend même part aux Jeux olympiques de 1928 dans la discipline du fleuret. Un portrait au fusain dessiné par Creten-George en 1931 nous le présente dandy, jeune homme élancé au sourire entendu.
Au début des années 30, la crise bouleverse le secteur artistique, et plusieurs peintres frôlent la misère, ou la connaissent directement. Janlet fait partie des amateurs qui soutiennent les artistes en cette période difficile.
Fait significatif, en 1932, la galerie du Centaure, principal lieu de l'avant-garde bruxelloise, cesse ses activités. Son stock est liquidé aux enchères, et des œuvres de Chagall, Chirico, Dufy, Miro, Picasso sont dispersées parmi des noms belges moins connus alors, comme Magritte, Permeke ou Schirren. Plusieurs collectionneurs achètent différentes toiles pour un prix dérisoire. Max Janlet est l'un d'eux.
C'est le départ de son importante collection, qu'il complétera par la suite à coup d'échanges et de reventes.
Avant-garde internationale
En 1977, la collection Janlet est léguée au Musée d'Ixelles. L'année suivante, l'institution lui rend hommage avec l'exposition de sa collection, avant que celle-ci n'intègre en partie les salles permanentes. Le Musée voit pénétrer dans ses murs des noms prestigieux tels que Max Ernst (trois toiles) ou Joan Miro.
Pour l'art de notre pays, quelques œuvres des années 1900 rappellent que le plaisir de Max Janlet pour la collection est avant tout un héritage de ses parents : un paysage d'Emile Wauters côtoie quelques intérieurs de Georges Lemmen et des œuvres de Rik Wouters.
Mais c'est en première place l'art moderne qui intéresse Janlet. Ainsi on observe, selon le goût de l'époque, un intérêt marqué pour le surréalisme où l'on relève pas moins de cinq œuvres de Magritte et surtout pour l'expressionnisme. La deuxième Ecole de Laethem-Saint-Martin retient spécialement l'attention, avec des compositions de Frits van den Berghe, Constant Permeke et, au premier rang, Gustave De Smet, dont seize œuvres figurent au catalogue.
Un retour à la nature
Gustave De Smet (1977-1943) est représentatif de l'évolution du deuxième groupe de Laethem-Saint-Martin vers l'expressionnisme flamand. La Première Guerre mondiale marque l'exil de plusieurs artistes et donc la découverte de l'actualité artistique étrangère, ainsi qu'un changement des valeurs héritées de la fin de siècle.
Pour De Smet, cette nouvelle mentalité se concrétise dans un retour à la nature transcendée par des formes avant-gardistes. Grand paysage aux vaches (1928) en témoigne : les couleurs sont ancrées dans la terre, et l'apparente naïveté confine à un ascétisme pictural en fait très travaillé. La composition est mûrement réfléchie, dans sa succession verticale de profondeurs comme dans la juxtaposition de plans que forment les toits des maisons. La simplicité n'est qu'apparente.

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Bron/Source : Le Soir