05-09-09

Le legs Alice et David Van Buuren


David Van Buuren (1886-1955) fut un important financier ; il créa notamment un cours de déontologie financière à l'Université Libre de Bruxelles. Par ailleurs, il consacra son temps libre à l'art en collectionnant et en peignant lui-même. Son épouse Alice se voua à plusieurs causes philanthropiques.
En 1929, les Van Buuren firent construire leur maison, conçue intégralement comme une œuvre d'art. David dessina nombre des meubles. L'intérieur, boisé, lumineux et géométrique affiche clairement l'époque Art déco et le modernisme. Les tableaux, créés parfois spécialement pour le lieu, s'y intègrent parfaitement. Le jardin complète l'ensemble : c'est le domaine d'Alice, qui en confia en partie le dessin à René Pechère. Il accueille plusieurs sculptures et s'affirme tout autant que la maison comme une œuvre d'art. L'ensemble dégage une sérénité longuement mûrie.
Un collectionneur mécène
Le premier tableau qu'acquiert David Van Buuren, en 1913, est La Cour de Sainte Agnès de Gustave Van de Woestyne. Le collectionneur débutant a alors 27 ans. Ses goûts sont déjà sûrs, et l'amateur leur fera confiance sa vie durant : il acquerra plus de trente œuvres de Van de Woestyne.
C'est d'ailleurs une véritable amitié qui unit le peintre et le collectionneur : l'artiste crée même six peintures pour la salle à manger de la maison. Van de Woestyne, représentant de la première Ecole de Laethem-Saint-Martin, mêle expressionnisme à l'intériorité chère aux primitifs flamands. En cela, le lien est évident avec le goût de David Van Buuren pour l'art ancien.
Quêtes d'authenticité
L'une des fiertés de la collection, c'est La chute d'Icare, donné à un suiveur de Pierre Brueghel l'Ancien. Il fallut plus de quinze ans de quête et de querelles d'expert pour acheter le tableau et en prouver l'authenticité. Aujourd'hui encore, on n'a toujours pas tranché.
David Van Buuren accordait beaucoup de temps à la quête d'œuvres. Les dernières années de sa vie virent une quasi-boulimie d'achats, tous notables. L'œil et la connaissance de l'art étaient toujours bons conseillers, mais Van Buuren, qui restait seul maître de ses choix, avait constitué un cercle d'amis conservateurs et antiquaires avisés.
Ainsi, il acheta une version de La tentation de Saint Antoine attribuée à Jérôme Bosch, dans l'optique de l'offrir au Musée du Prado. Pour cela, il fallait une authentification certaine, et trois ans furent nécessaires au collectionneur, aidé de Léo van Puyvelde, conservateur en chef des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, pour réunir des études et expertises attestant la main de Bosch.
Alice Van Buuren, si elle ne poursuivit pas la collection de son mari, se montra tout aussi généreuse, offrant anonymement une récompense à qui aiderait à retrouver le panneau des Juges intègres manquant au polyptyque de l'Agneau Mystique.
De la maison au musée
Peut-être l'atmosphère de la maison Van Buuren a-t-elle retenu un peu de l'esprit des hôtes qui l'ont pénétrée ? L'on put y croiser Magritte, ou Prévert, ou Dufy, lors de soirées qui rivalisaient avec les salons des siècles passés. Mais avant tout, David et Alice furent l'âme des lieux.
Après le décès de son mari en 1955, la veuve poursuivit leur travail ; elle créa en 1970 un Etablissement d'utilité publique dans le but de transformer leur maison en musée.
Ainsi, rue Errera à Uccle, l'on peut, depuis 1976, admirer les témoins d'une passion pour l'art, et d'une vie de mécène qui se développe sur plus de soixante ans. En témoignent des œuvres d'Ensor, Ernst, Foujita, Minne, Permeke, Signac, Van Dongen, Wouters, entourés de maîtres anciens.

Website : Musée Van Buuren

Bron/Source : Lesoir