15-08-09

L'art surgit dans la nature

Le Centre d'art contemporain du Luxembourg belge a déplacé ses pénates au coeur de la forêt où patrimoine et nature dialoguaient depuis de nombreuses années. L'art contemporain vient désormais se mêler à la conversation
On l'a échappé belle. Au beau milieu de la forêt, à deux pas du sentier qui mène à la clairière, une étrange structure rouge semble être tombée du ciel. Droit sur les ruines que nous venions visiter. Bizarre autant qu'étrange. D'autant plus bizarre qu'à cinquante mètres de là, dans la même clairière, une autre structure du même rouge surgit de terre comme une rampe de lancement. Serions-nous, par hasard, tombé sur une base secrète de l'Euro Space Center ?
Coiffé d'un chapeau d'explorateur, un homme s'approche pour éclairer notre lanterne. Directeur du Centre d'art contemporain du Luxembourg belge (caclb), Alain Schmitz ne manque jamais d'enthousiasme.
Il y a trois ans pourtant, le caclb se retrouvait sans toit, après de nombreuses années passées à la Grange du Faing, avec une succession d'expositions de grande qualité. Beaucoup auraient baissé les bras. Alain Schmitz et les siens ont retroussé leurs manches et déplacé leur pénates sur le site entourant le musée lapidaire, étonnante construction géométrique de Constantin Brodzki, au cœur de la forêt à Montauban-Buzenol. Patrimoine et nature y dialoguaient depuis de nombreuses années. L'art contemporain vient désormais se mêler à la conversation.
Au sommet de la colline, à hauteur du musée lapidaire, Rainer Gross a construit ses deux structures en lattes rouges, inspirées par l'architecture du refuge fortifié de Montauban, aujourd'hui en ruine. Une forme de « dessin dans l'espace » selon l'expression de l'artiste. Sous le titre « Habiter le temps », il renvoie à la vanité des constructions humaines, invitant à travers ses constructions à redécouvrir le ciel et les arbres qui nous entourent.
Plus bas dans la forêt, Stéphanie Jacques, jeune artiste de la région, a mêlé ses entrelacs d'osier aux arbustes longeant le chemin. Ça et là, on découvre également les sculptures-nichoirs conçues par Dominique Marx.
Au niveau de la route, d'autres ruines attirent le visiteur. Sur le sommet d'un des murs de l'ancienne halle à charbon, on découvre un tas de branchages rouges, soigneusement rangés comme dans l'attente d'alimenter un feu de joie. Sur le mur d'en face, dépourvu de toit depuis de nombreuses années, Jean-Jacques Pigeon a disposé d'autres branchages teints dans les nuances du noir au gris. Formant un triangle, ils rappellent les fauldes, tas de charbon conique qu'on trouvait dans la région quand les lieux servaient à la métallurgie.
On assiste ainsi à un aller-retour permanent entre passé et présent, au cœur de la nature. Venu du Québec, Jacques Desruisseaux a dégagé un petit monticule de ses ronces. On y accède par un étroit chemin, laissé à l'état quasi sauvage. Empilement de roches, structures métalliques : l'artiste québecois invite à regarder le lieu avec un œil neuf, à travers son travail. En redescendant vers les larges étangs où se baigne un cygne solitaire, on arrive à la petite maison occupée par le caclb. L'ancien bureau des forges de Montauban.
On y accueille les visiteurs (des petits audio-guides avec la voix de Rainer Gross sont fournis pour la visite de la colline) tandis que deux expositions photographiques occupent les murs. Au rez-de-chaussée, Daniel Fouss présente le résultat de sa mission photographique sur les lieux. On y découvre le site au fil des saisons mais aussi des images étonnantes des artistes au travail. A l'étage, Guy Vandeloise propose ses sculptures en bois tandis que Guy Jungblut et François De Coninck montrent un premier état de leur surprenant travail sur « le ciel vu de la Belgique ». Retournant les propositions multiples montrant la terre vue du ciel, ils photographient nuages et immensité bleutée à partir de divers sites belges. Un travail mêlant poésie et humour dont on attend avec impatience la sortie en librairie. Une manière idéale de conclure ce parcours au cœur de la nature et de l'art d'aujourd'hui.
Site de Montauban-Buzenol (Etalle) , dates diverses pour chaque exposition. Ouvert en permanence sauf le bureau des forges (du mardi au dimanche de 14h30 à 18h). Entrée libre.